L'or et les chiens de la nuit

20 janvier 2012


Une cérémonie est une chance, à Bali. On y participe souvent par hasard. Aucun calendrier événementiel ne les recense, et le calendrier publié par l’office du tourisme balinais date de... 2009. Efficacité de la bureaucratie indonésienne.

C’est au retour d’une excursion que nous découvrons des hommes affairés à la décoration d’un temple, non loin d’Ubud. Renseignements pris, il s’agit d’une cérémonie de purification des reliques qui se prépare. Entre trois balinais interrogés, nous avons trois dates différentes. Finalement, il semblerait que l’on soit enfin en possession de la date exacte, et nous retournons sur place avec nos invités pour assister à cette rare cérémonie.

Elle consiste à retirer de leurs habitacles de bois, dans les meru des temples (sorte de pagodes à plusieurs étages), ce que les Balinais appellent les reliques. Objets sacrés, ces reliques peuvent être un kriss, une image, une sculpture, l’os d’un sage etc. Les reliques, dans leur conteneur, sont emballées dans des tissus blancs et posées sur des palanquins dorés. L’un deux, symboliquement, pour la cérémonie dont nous avons été témoins, est porté vers une source sacrée pour y « laver » la relique. On l’asperge d’eau sacrée, et tout le village est béni par les prêtres, dans une cérémonie d’une intense ferveur.

Le grand moment de notre cérémonie fut la procession dans paysage de rizières, sur un chemin de terre, dans une lumière de soleil couchant éparpillant ses ors sur les Balinais de blancs vêtus. Un cortège magnifique, plein de sérénité et de simplicité, une ferveur qui nous laisse pantois.

Un gamelan portable suit la relique dans un joyeux tintamarre, les gamins courent, les petits vieux papotent en fumant des cigarettes tordues, les femmes, imperturbables, portent leurs offrandes sur la tête, même dans la descente dans un canyon où jaillit la source purificatrice.

Au retour, la rizière est plongée dans la pénombre. C’est l’heure des chiens qui aboient tout au long de notre passage. La magie est passée, on est inquiet par ces créatures lépreuses, galeuses, aux babines retroussées démasquant des dents marquées par des ingestions que l’on n’ose pas imaginer. C’est la nuit, ces chiens nous rappellent que les dieux lumineux ont fait place aux esprits inquiétants.

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